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2016 Nouvel Album VIANDE D'AMOUR

Publié par IMBERT IMBERT

2016 Nouvel Album VIANDE D'AMOUR

SORTIE LE 27 MAI 2016!!!

Coup de coeur de l'Académie Charles Cros

Neuf ans maintenant que cet enfant du désordre promène avec un talent indéniable une identité musicale faite de passion, d'élans compulsifs et d'abnégation. Pourquoi aussi inlassablement l'enfermer dans cette case de punk anar, si étriquée et réductrice ? Il ne faut pas seulement se fier à une apparence physique atypique ou à des textes jusqu'à alors souvent frontaux ou couperets. Imbert Imbert, qui se prénomme par ailleurs Mathias au civil, a quelque chose d'unique. Comme un curieux symptôme. Chez lui, une liberté de mouvement, une liberté de ton. Privilège des insoumis et des incandescents. Imbert Imbert, loin de l'aseptisation générale, capable de jeter dans la pénombre une lueur de chair nue, un pigment fauve. Âme d'écorché vif et d'éveilleur de conscience entremêlées. Dès sa première livraison Débat de boue, le garçon réveillait des zones endormies de la sensibilité auditive. Entrée en fanfare débouchant sur une ribambelle de distinctions (prix des Francofolies de La Rochelle, prix du public et des professionnels à Montauban, coup de cœur de la Fnac au Printemps de Bourges...) ainsi qu'une belle exposition scénique en guise de « découverte ». Ce qui frappe, ce sont ses bras qui enlacent sans relâche une contrebasse, vénérable instrument aussi haut et plus large que le musicien. C'est son plus fidèle allié, son bouclier protecteur. Il est arc-bouté à son corps volcan. Alchimie parfaite qu'on retrouvera ces deux galettes suivantes Bouh !, dont le mixage a été effectué à Minneapolis, et Sois mort et tais-toi, respectivement en 2010 et 2013. Imbert Imbert installe son style, ose des fugues spontanées entre chanson, jazz et rock. L'écriture à la langue bien pendue ne se fourvoie pas dans des images bisounours. Ne pas à s'attendre à ce qu'elle caresse dans le sens du poil. Elle est secouée par une envie de donner et de recevoir des coups. Abrasive, anguleuse, mordante. La parole perd définitivement toute chance d'être innocente. Dans ses cavales, Imbert Imbert entraîne des mauvaises pensées qui sortent de l'ombre, bouscule sans sauvagerie ni agressivité. Difficile de ne pas être happé par cet univers nihiliste, plein de bleus et de cicatrices, batailleur et désenchanté. Mais ce nomade, qui se partage entre Bruxelles, le Tarn et Montpellier, sait aussi jouer collectif. Parmi ses avatars artistiques, une percée dans le répertoire de Jean Ferrat aux côtés notamment de Francesca Solleville, Jérémie Bossone et Zora et une autre chez un fantaisiste poétique, qui s'inscrira dans la durée. Initialement prévu pour deux dates, le jubilatoire spectacle Boby Lapointe repiqué tournera pendant trois ans. Il scellera également de tels liens solides que Dimoné, Nicolas Jules, Roland Bourbon et Imbert Imbert vont ainsi prolonger l'aventure – cette fois-ci avec des compositions originales tendance rock - sous le délicieux nom de Bancal Chéri.

Viande d'amour, sa quatrième livraison, est un peu né d'un désir de rupture, d'une remise en perspective, de démarcation par rapport à l'immersion en solo du précédent disque. Au studio Alhambra Colbert à Rochefort, Imbert Imbert réunit un commando imparable : son acolyte de scène Stephen Harrison (contrebasse, banjo), Grégoire Gensse échappée du Cirque Plume (piano, trompette, chant, guimbarde vietnamienne) et l'éclatant batteur Denis Charolles qui a déjà croisé la route d'Arthur H et Brigitte Fontaine. Il en découle ici une énergie palpable, quelque chose qui n'appartient qu'au live. Enregistré au plus près des instruments, cet album s'appuie sur un rendu volontairement brut, creuse un sillon plus profond, tire le son d'ensemble vers une expression plus charnelle. Au sein de cette ascension libre sortent des constructions fugitives, des grattements furtifs, des irruptions impromptues et même des chœurs « choubidou » ( Le trou de mon cœur). Il règne donc, pour la première fois dans son répertoire, quelques humeurs festives (incursion country également avec Je t'emmerde mon amour). Du noir davantage lumineux, poétique, qui se repose sur une forme de dualisme. Parce que si Imbert Imbert continue de contempler le désastre de la société, il insuffle un contrepoids salvateur en se raccrochant aux petits bonheurs de l'existence. En ouverture (A la gorge du temps), un carpediem qui fait la nique à la mort (Là l'mec s'affaire il est mordu/C'est pour gagner le temps perdu/ Moi j'me réjouis d'être à ma place/ Dans les bras de la vie qui passe). A partir d'une phrase tirée d'un roman d'Amin Maalouf (Il faut du courage pour rêver), il livre une chanson déchirante qui se sublime en un regard bienveillant (La vie mord). Et toujours ce chemin de mots qui froissent la réalité quotidienne, heurtent les habitudes. Urgence de vibrer (J'veux me sentir), tendresse diffuse (La cerise), prise de conscience exacerbée (L'ado le sent), exultation des corps (Viande d'amour). Imbert Imbert cache le sentiment et la politique dans la même niche, intime et obstinée. Constat sans concession en fin de parcours (Le cancer des gens soumis) où il se désole de l'ignorance de l'homme (Je vomis des trucs dans les urnes/Tout le fiel que j'ai dans les burnes/J'suis pas raciste mais après tout/On est chez nous). Des chansons entre brise et bourrasque, lucides et dépourvues de manichéisme. Diablement salvateur et précieux.

Patrice Démailly